Scintillation, John Burnside
Le premier prix littéraire de la saison, le prix du roman 2011 Lire & Virgin Megastore a été décerné hier soir à Scintillation de l’écossais John Burnside, un roman paru en 2008 au Royaume-Uni, et dont la traduction française avait un peu tardé (sortie le 25 août 2011).
L’Intraville est une cité en pleine décrépitude située à l’extrémité d’une péninsule. Le paysage est dominé par une usine chimique désaffectée qui a certainement contaminé les lieux puisque de nombreux autochtones sont aujourd’hui malades. D’ailleurs les bois obscurs qui la jouxtent sont dits empoisonnés. Ici les êtres ont perdu la bataille, ils ont voulu croire que l’usine était sans danger, ils sont bien conscients aujourd’hui de s’être fait avoir, mais au-delà de l’Intraville, tout le monde s’en fiche. Ce sont les magnats de l’Extraville qui ont orchestré tout cela depuis leurs demeures cossues. Aujourd’hui plus personne ne se souvient vraiment ce que fabriquait l’usine, et personne n’a jamais quitté ce bout du monde qu’est l’Intraville. Il y règne un fatalisme latent :
« C’est ainsi que fonctionne un endroit comme l’Intraville : il se cramponne à ses habitants, se cramponne et les engloutit et, la plupart du temps, ils se laissent tout bonnement couler, en faisant leur possible pour croire qu’il ne leur arrive aucun mal, car rien – rien au monde - n’est aussi contagieux que l’attente de l’échec. »
Les adultes, s’ils ne sont pas malades, sont abrutis par le travail ou la télévision, ou bien corrompus. Alors livrés à eux-mêmes, enfants et adolescents traînent solitaires ou en bande dans les friches industrielles de l’usine.
Cependant, des garçons commencent à disparaître, un par un, cinq disparitions sur plusieurs années. Le policier local parle de fugue mais personne n’y croit…
« Cinq garçons de l’Intraville, un endroit dont tout le monde se fout, une ville polluée, décolorée, tout au bout d’une péninsule dont la plupart des gens ignorent l’existence sur les cartes. »
Le roman alterne entre la troisième et la première personne, explorant le point de vue de plusieurs protagonistes, et réservant la première personne à Léonard, un adolescent d’une quinzaine d’année dont le père est malade, la mère a foutu le camp, et le meilleur ami a disparu. Léonard est un garçon solitaire, au discours lucide et construit, qui, choses peu courantes en ces lieux, aime la vie, est épris de lecture et sait percevoir de la beauté dans les paysages de l’usine.
« Pourtant si on veut rester en vie, ce qui n’a rien de facile dans un endroit comme celui-ci, il faut aimer quelque chose et moi la seule chose que j’aime c’est l’usine chimique.[...] L’usine chimique est toujours belle, même quand elle fait peur ou qu’on remarque à quel point l’endroit est triste, quand tous les petits scintillements de ce qui existait avant – les bois, l’estuaire, les plages – transparaissent et qu’on se rend compte que ça devait être incroyable, autrefois. »
Léonard est partagé entre sa petite amie, avide de parties de jambes en l’air, une bande d’adolescents dont les moyens d’expressions riment souvent avec violence, et des errances solitaires dans lesquelles il est vraiment lui-même.
L’atmosphère est sombre, parfois angoissante, souvent à la lisière du fantastique, voire du mystique.
Si Scintillation repose sur une intrigue policière, la disparition des jeunes garçons, celle-ci n’est qu’un prétexte. D’ailleurs, la résolution de l’intrigue, nébuleuse, ne répondra qu’à ce que le lecteur a envie d’y trouver, en ce qui me concerne elle m’a peu intéressée.
En revanche l’ouvrage m’a paru magistral pour la description de cette société viciée.
En outre John Burnside est également poète, et cela s’entend dans le texte de Scintillation : Une très belle langue, musicale, souvent épurée et proche de l’oral pour coller aux pensées des protagonistes, et un texte empreint de sensibilité.
Scintillation (Glister), John Burnside, traduit de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard, éditions Métailié, août 2011, 283 pages.




