avr 2 2012

Première sélection du prix Orange du livre 2012

Le prix Orange du livre 2012 pour lequel je suis jurée vient tout juste de dévoiler sa première sélection.

Rappelons que le prix Orange du livre porte sur les romans et recueils de nouvelles français sortis depuis début janvier 2012. Le jury du prix est composé d’auteurs (Erik Orsenna, qui préside le jury, David Thomas, le lauréat de l’an passé, mais aussi Karine Tuil, David Foenkinos et Carmen Bramly), de deux libraires (Emmanuel Delhomme de la librairie Livre Sterling à Paris qui est aussi l’auteur d’Un libraire en colère et Anne-Sophie Thuard de la librairie Thuard au Mans), d’une chanteuse (Camélia Jordana), et de huit internautes dont je fais partie.

Nous nous sommes réunis en fin de semaine dernière pour délibérer. Mais, comme nous avons eu beaucoup de mal à trancher, au lieu des trente livres annoncés, nous en avons finalement retenu trente-trois, que voici :

- Moi, Khaled Kelkal, Salim Bachi, Grasset

- Un baiser blanc, Emile Brami, L’Editeur

- Le palais des autres jours, Yasmine Char, Gallimard

- L’hébétude des tendres, René Corona, Finitude

- Rhapsodie pour une dent creuse, Régis Delicata, Grasset

- Belle famille, Arthur Dreyfus, Gallimard

- Kamal Jann, Dominique Eddé, Albin Michel

- Le Mystère Sherlock, J.M. Erre, Buchet Chastel

- Il faudrait s’arracher le cœur, Dominique Fabre, L’Olivier

- La ligne de courtoisie, Nicolas Fargues, POL

- Claustria, Régis Jauffret, Seuil

- Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse, Autrement

- Le miracle, Ariel Kenig, L’Olivier

- Tangente vers l’est, Maylis de Kerangal, Verticales

- La tête à Toto, Sandra Kollender, Steinkis

- Le syndrome de glissement, Elisabeth Laureau-Daull, Arléa

- Suppléments à la vie de Barbara Loden, Nathalie Léger, POL

- Nobody, Bruno Masi, Naïve

- Second tour ou Les bons sentiments, Isabelle Monnin, JC Lattès

- United Colors of Crime, Richard Morgiève, Carnets nord – Montparnasse

- Un garçon sans séduction, Christophe Mouton, Julliard

- L’élimination, Rithy Panh avec Christophe Bataille, Grasset

- Au pays des kangourous, Gilles Paris, Don Quichotte

- L’homme à la carrure d’ours, Franck Pavloff, Albin Michel

- Journal d’un corps, Daniel Pennac, Gallimard

- La belle année, Cypora Petitjean-Cerf, Stock

- Une collection très particulière, Bernard Quiriny, Seuil

- Comme un frère, Stéphanie Polack, Stock

- Electrochocs, Martine de Rabaudy, Flammarion

- Bon rétablissement, Marie-Sabine Roger, Le Rouergue

- La meilleure façon de s’aimer, Akli Tadjer, JC Lattès

- L’urgence et la patience, Jean Philippe Toussaint, Minuit

- A défaut d’Amérique, Carole Zalberg, Actes sud

Cinq livres seront retenus à l’issue de la seconde sélection dans un mois (et au vu des difficultés que nous avons rencontrées pour choisir une trentaine de titres, je crains que les prochaines délibérations pour aboutir à cette deuxième sélection soient sanglantes…).

Ensuite ce sera aux internautes – à vous peut-être si vous le souhaitez – de voter pour le livre de leur choix parmi les titres de la seconde sélection afin de désigner le lauréat de cette édition 2012. Une raison de vous intéresser dès maintenant aux livres sélectionnés et de ne pas hésiter à laisser des appréciations sur les ouvrages que vous aurez lus sur le site du Prix Orange du livre.

Quant à moi, même si je suis encore loin d’avoir lu tous les ouvrages de la sélection,  j’ai déjà plusieurs coups de cœur dans cette liste : Claustria de Jauffret, Le miracle de Kenig, United Colors of Crime de Morgiève, La belle année de  Petitjean-Cerf, Comme un frère de Polack ou encore A défaut d’Amérique de Zalberg. J’ai aussi été heureusement surprise par La ligne de courtoisie alors que jusqu’ici j’étais restée assez hermétique à l’écriture de  Nicolas Fargues (notamment souvenirs très mitigés de J’étais derrière toi qui avait pourtant reçu un très bon accueil lors de sa sortie).

Bonnes lectures !


mar 11 2012

United colors of crime, Richard Morgiève

« Au fond il s’en moque de l’argent. ll connaît. Il a goûté, abusé. Mais cette pensée est trop sacrilège. Elle remet en cause toute sa vie, tout le futur. Il l’efface. »

25 août 1951, une Buick file en direction du Mexique sur une piste texane. Chaim Chlebeck, 31 ans est en cavale après avoir supprimé un des parrains de la mafia new-yorkaise et embarqué un sacré paquet de pognon… Mais agressé par des cowboys du coin il est laissé pour mort sur le bord de la route. Il est retrouvé et soigné par un étrange couple, Dirk un scientifique allemand d’une soixantaine d’année qui s’est enterré dans le cul du Texas pour fuir les travaux sur la bombe atomique dans lesquels il était impliqué et qui s’est passionné pour la cause amérindienne, et Dallas, une jeune indienne navajo, farouche et d’une singulière beauté malgré son oeil de verre.

De cette longue convalescence dans le désert texan, au milieu de paysages immenses à vous rendre fou, Chaim restera t-il inchangé, un homme apatride, sans attache, qui ne croit en rien si ce n’est au pouvoir de la violence et de l’argent ? Même son nom il l’a volé à un soldat tombé durant la seconde guerre mondiale, puisque notre homme est en fait né en Ryszard Morgiewicz en Pologne.

Et peut-on vraiment échapper à un passé mafieux ?

Qu’est-ce donc qu’United colors of crime ? Un western, un roman d’aventures, un policier ? Une histoire d’hommes, des vrais, des durs, à l’ancienne ? Il y a un peu de tout cela mais le roman ne Richard Morgiève ne peut se réduire à sa seule trame.

Un livre politique et sociétal peut-être aussi puisqu’il s’inscrit dans l’Amérique, celle qui a massacré les indiens, celle du maccarthysme, de la bombe atomique, de la guerre froide, celle des prémices de la mondialisation et de la société de consommation ?

C’est aussi et surtout une histoire d’amour et de rédemption. Mais l’un et l’autre prennent du temps alors l’auteur s’attarde durant la convalescence de Chaim, le confronte à son passé, met en scène une galerie de personnages excentriques, recourt à des rites indiens et assène des vérités sur l’âme humaine… Puis peu à peu le roman se fait lumineux pour aborder les préludes de cet amour,  avec pudeur et poésie.

Chaim, alias Ryszard Morgiewicz serait en fait l’oncle de Richard Morgiève. Ce dernier en sublimant la vie de cet oncle obscur, nous offre un livre d’une beauté époustouflante.

On en vient à rêver d’une adaptation cinématographique qui serait à la hauteur…

J’ai découvert United colors of crime dans le cadre de la préselection pour le prix Orange du livre 2012.

United Colors of Crime, Richard Morgiève, Carnets Nord, janvier 2012, 320 pages