oct 10 2011

Désolations, David Vann

Irene et Gary vivent depuis plus de trente ans en Alaska, sur les rives d’un lac glaciaire. Leurs enfants Rhoda et Mark sont adultes à présent et ont quitté la maison familiale.

Au fil des ans, Irene et Gary se sont laissés ronger par des ressentiments mutuels, chacun reprochant à l’autre leur vie étriquée sans pour autant se le dire.

Gary, en quête d’un rapport toujours plus radical avec la nature sauvage, décide de se lancer dans une lubie qui lui trotte dans la tête depuis plusieurs années : construire de ses propres mains une cabane sur un îlot désert sur le lac, cabane qui deviendrait leur résidence principale. Irène consent à aider Gary dans son entreprise, bien que celle-ci soit contraire à ses propres aspirations et que le projet lui paraisse démesuré. Et de fait, Gary, bien que trop fier pour le reconnaître, n’est sans doute pas suffisamment préparé pour mener à bien ce projet avant l’arrivée de l’hiver.

 « L’Alaska n’était qu’une idée. Une année loin de l’université, une petite pause pour prendre du recul sur sa thèse, pour acquérir la perspective nécessaire. Ils iraient jusqu’à cette frontière mythique, s’imprégneraient de nature sauvage. Elle n’avait pas vraiment cru qu’ils partiraient. Mais Gary fuyait. C’est ce qu’elle n’avait pas compris. Il n’avait jamais eu l’intention de rentrer en Californie. [...].

Si Irene avait pu comprendre tout cela à temps, elle aurait peut-être quitté Gary à l’époque où tout cela était encore possible. Mais il lui avait fallu plusieurs décennies pour découvrir la vérité, pas seulement à cause de son travail et des enfants mais parce que Gary était un excellent menteur, toujours enthousiaste à l’idée d’une nouvelle entreprise. Cette cabane était un nouveau mensonge, une nouvelle tentative pour atteindre la pureté, pour trouver la vie rêvée dont il avait besoin parce qu’il avait toujours fui ce qu’il était vraiment. » 

De son côté, Rhoda, tente de se satisfaire d’une relation de couple pourtant décevante et espère passer la corde au cou de son compagnon Jim, qui lui est plus occupé à faire de l’œil à une jolie et indocile touriste de passage qu’à penser à s’engager. Mark quant à lui mène encore la vie d’un éternel adolescent peu responsable.

Rhoda devient le témoin privilégié des difficultés que rencontrent ses parents, difficultés face aux éléments naturels mais aussi et surtout dans leurs relations de couple. En effet, les griefs entre les deux époux s’accumulent alors que surviennent les premières intempéries hivernales…

Il m’a fallu de la persévérance (presque la moitié du roman) pour rentrer dans récit, n’étant que peu sensible à l’« exotisme » de l’Alaska et de manière générale au « nature writing ». Mais ensuite quelle claque !

David Vann avait créé la surprise avec Sukkwan Island dont l’action se déroulait déjà en Alaska et où il se livrait à l’autopsie d’une relation père-fils. Ce premier ouvrage lui avait d’ailleurs valu le prix Médicis étranger 2010.

Avec son deuxième roman, Désolations, David Vann explore à présent les rapports de couple. Dans le tableau qu’il dépeint, la solitude est omniprésente même lorsque l’on partage sa vie avec quelqu’un. Désolations est un livre sombre et désabusé sur les relations humaines. Les personnages sont très bien dessinés, cela sonne juste. L’histoire de ce couple qui périclite suscite un malaise croissant, la tension monte progressivement et de manière parfaitement maîtrisée jusqu’à faire de Désolations un roman noir.

J’ai découvert Désolations en participant au jury du Prix du roman Fnac 2011.

Désolations (Caribou Island), David Vann, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski, éditions Gallmeister, collection Nature Writing, août 2011, 304 pages


sept 18 2011

Le prix du roman Fnac, dixième édition

Le prix littéraire de la Fnac et la sélection des ouvrages que l’enseigne met en avant lors de la rentrée littéraire me tiennent particulièrement à coeur de par leur concept. En effet la sélection est établie par des lecteurs, libraires et adhérents, qui découvrent en avant première une grande partie des ouvrages à paraître en lors de la rentrée littéraire de septembre avant que ceux-ci soient publiés et commentés dans la presse, bien avant les grands prix du mois de novembre, et donc en se soustrayant à toute influence extérieure, et en distinguent quelques uns pour l’attrait de leur lecture. Le roman récompensé par le prix du roman Fnac est issu de cette sélection.

Pour cette rentrée littéraire 2011, je faisais partie du jury adhérents Fnac.

Dans ce cadre, la Fnac m’a proposé au mois de juin de lire en avant-première quatre romans, ce que je me suis empressée de faire. Il s’agissait de :
- Vers la mer, Anne-Sophie Stefanini, Lattès,
- Désolations, David Vann, traduit par Laura Derajinski, Gallmeister,
- Assommons les pauvres !, Shumona Sinha, L’Olivier,
- Les vaches de Staline, Sofi Oksanen, Stock.
Je vous fais part peu à peu de mes commentaires sur ces lectures.

Suite aux retours de tous les libraires et adhérents Fnac ayant participé, la Fnac a retenu pour sa sélection les trente ouvrages suivants :

Sélection des libraires Fnac 
- Limonov, Emmanuel Carrère, POL,
- L’art français de la guerre, Alexis Jenni, Gallimard,
- Room, Emma Donoghue , traduit par Virginie Buhl, Stock,
- Des vies d’oiseaux, Véronique Ovaldé, L’Olivier,
- Scintillation, John Burnside , traduit par Catherine Richard, Métailié,
- Juste avant, Fanny Saintenoy, Flammarion,
- Persécution, Alessandro Piperno , traduit par Fanchita Gonzalez-Batlle, Liana Levi,
- Et rester vivant, Jean-Philippe Blondel, Buchet-Chastel,
- Rue Darwin, Boualem Sansal, Gallimard,
- Des garçons d’avenir, Nathalie Bauer, Philippe Rey,
- La question Finkler, Howard Jacobson , traduit par Pascal Loubet, Calmann-Lévy,
- Terezin plage, Morten Brask , traduit par Caroline Berg, Presses de la cité,
- Opium Poppy, Hubert Haddad, Zulma,
- Avant le silence des forêts, Lilyan Beauquel, Gallimard,
- L’ampleur du saccage, Kaoutar Harchi, Actes sud,

Sélection des adhérents Fnac
- L’équation africaine, Yasmina Khadra, Julliard,
- Du domaine des murmures, Carole Martinez, Gallimard,
- Le Turquetto, Metin Arditi, Actes sud,
- Les savants, Joseph Manu, Philippe Rey,
- Des fourmis dans la bouche, Khadj Hane, Denoël,
- Tableaux noirs, Alain Jaubert, Gallimard,
- La femme du tigre, Téa Obreht, traduit par Marie Boudewyn, Calmann-Lévy,
- Parties communes, Camille Bordas, Joëlle Losfeld,

Sélection commune des libraires et adhérents
Tout, tout de suite, Morgan Sportès, Fayard,
- Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan, Lattès,
- Les souvenirs, David Foenkinos, Gallimard,
- Retour à Killybegs, Sorj Chalandon, Grasset,
- Désolations, David Vann, traduit par Laura Derajinski, Gallmeister,
- Eux sur la photo, Hélène Gestern, Arlea,
- Le héron de Guernica, Antoine Choplin, Le Rouergue.

C’est parmi ces ouvrages finalistes qu’a été distingué le prix du roman Fnac, dixième édition.

J’ai assisté à la soirée de remise du prix, le 31 août au théâtre Claude Lévi-Strauss du Musée du Quai Branly. Au programme, dans le désordre, discours d’Alexandre Bompard, le PDG de la Fnac, lectures d’extraits des sept romans finalistes, accordéon, champagne, petits-fours et bien sûr la remise du prix : C’est le très beau Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan qui a décroché le prix du roman Fnac ! La romancière lauréate nous a honorée d’un discours ému.

Mon billet sur Rien ne s’oppose à la nuit viendra prochainement mais je peux déjà vous dire que c’est un livre qui m’a énormément touchée.

Depuis la remise du prix Fnac, les jurys de plusieurs grands prix littéraires de l’automne ont rendues publiques leur premières sélections, et l’ouvrage de Delphine de Vigan figure dans les listes des prix Femina, Medicis, Renaudot et Goncourt (remise de tous ces prix au mois de novembre).