Jusqu’à la folie, Jesse Kellerman

Jesse Kellerman s’est fait connaître en France avec Les Visages (The Genius) sorti dans sa traduction française (Sonatine Editions) en octobre 2009 et récompensé par le Grand prix des lectrices Elle 2010 dans la catégorie « Policier ».

Les éditions des Deux Terres nous livrent à présent Jusqu’à la folie (Trouble), qui est en fait un roman antérieur (sorti en 2007 outre-Atlantique, alors que Les Visages y étaient sortis en 2008)

Présentation de l’éditeur :

Dans une rue sombre de Manhattan, très tard dans la nuit, une jeune femme est agressée par un homme armé d’un couteau. Jonah, un étudiant en médecine surmené, vole à son secours et tue accidentellement l’agresseur. Pendant que les médias font de lui un héros, le procureur s’interroge sur son geste héroïque. La victime, quant à elle, veut retrouver son sauveur et tient à lui montrer sa reconnaissance. Les événements s’enchaînent, et Jonah est entraîné dans une spirale terrifiante. S’il est vrai qu’aucune mauvaise action ne demeure impunie, le châtiment de Jonah ne  fait que commencer… 

Le premier chapitre s’ouvre sur un fait divers, une agression au couteau dont Jonah, un jeune garçon sage et très bien sous tout rapport est témoin, et à laquelle il devient partie prenante en s’interposant. Tout s’accélère, Jonah se retrouve vite au sol et quand il réémerge après avoir perdu connaissance, des ambulanciers sont penchés au-dessus de lui, la jeune femme qui était menacée s’en est sortie mais son assaillant est mort.

La narration suit le point de vue de Jonah et se penche sur sa vie d’étudiant, en stage l’hôpital où le rythme est effréné (de quoi rappeler peut-être au lecteur l’ambiance de certaines séries américaines se déroulant dans le milieu hospitalier), les soirées avec son colocataire un peu déjanté, ses parents qui habitent en banlieue… Il y a aussi son ancienne petite amie Hannah, qui a sombré dans des troubles psychologiques aigus, est retourné vivre chez son père et n’est plus que l’ombre de la fille pétillante que Jonah a aimé. Pourtant Jonah se sent tenu de venir régulièrement s’en occuper le week-end.

Le fait divers des premières pages du roman pourrait être clos mais l’auteur laisse planer des indices de possibles répercussions.

En effet, Jonah apprend que la famille de l’agresseur a décidé de le poursuivre en justice pour homicide. Son avocat est confiant mais Jonah ne peut s’empêcher d’être inquiet.

Et un soir, la jeune femme qu’il a sauvé, Eve vient l’attendre, décidée à lui témoigner sa reconnaissance. Eve se révèle être jolie, drôle et intelligente ; l’intérêt qu’elle lui porte le flatte et elle entraîne facilement Jonah sur le terrain de la relation amoureuse.

Mais au bout de quelques semaines, Jonah se rend compte que certaines attitudes de la demoiselle le dérangent.

Jesse Kellerman prend son temps pour poser les bases de son intrigue ; Les amateurs de polars purs et durs en seront peut-être déconcertés mais en ce qui me concerne j’ai particulièrement apprécié cette partie de l’ouvrage où le lecteur découvre l’environnement du personnage principal, et les ressorts de son affect.

Puis insidieusement le piège dans lequel est tombé Jonah se dessine, le suspense prend, et le roman bascule en un thriller psychologique redoutable, et comme le laisse présager le titre de l’ouvrage, la folie n’est pas loin…

Je ne peux pas dire que Jusqu’à la folie m’a absolument enthousiasmée mais je l’ai lu avec plaisir et presque d’une traite, happée par l’intrigue, pressée d’en savoir la suite. Je me suis attachée au personnage principal et ai frissonné d’angoisse à l’idée de ce qui le menaçait. Et j’ai trouvé que ce n’était déjà pas si mal.

Mon avis demeure mitigé car les ficelles de l’intrigue m’ont paru parfois grossières, et j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs dans la deuxième moitié du roman. Mais ce sont des impressions que j’ai souvent à la lecture de polars donc je pense qu’elles reflètent surtout le fait que je sois peu amatrice du genre.

Jusqu’à la folie (Trouble), Jesse Kellerman, Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julie Sibony, éditions des Deux Terres, octobre 2011

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