jan 8 2012

Les Morues, Titiou Lecoq

Contre toute attente, Charlotte se serait suicidée. L’existence de la jeune femme, trentenaire, avait pourtant l’air équilibrée et plutôt bien remplie : Une vie de couple semble-t-il satisfaisante, une bonne bande d’amis même si les liens s’étaient quelque peu distendus avec le temps, et un parfait poste de jeune cadre dynamique.

Aussi, au sortir de l’enterrement, Ema qui fut la meilleure amie de Charlotte à l’adolescence s’interroge. Quelque chose cloche…

Ema est journaliste, et mène une vie dissolue, enchaînant les soirées alcoolisées et peinant à s’engager dans une relation de couple stable. Avec Alice, barmaid, et Gabrielle, maîtresse d’un homme politique, elle forme les Morues. Les trois jeunes femmes se réunissent régulièrement dans un bar pour élaborer la charte des Morues, cherchant à renouveler les classiques conversations de filles dans une logique féministe, mais en s’attachant à débusquer les contradictions de leurs propres discours et attitudes au lieu de systématiquement incriminer leurs congénères masculins.

A l’initiative d’Ema, les Morues se lancent dans une enquête sur les circonstances du décès de Charlotte. Elles intègrent bientôt un jeune homme dans leurs discussions : Fred fréquentait la même bande de potes que Charlotte et Ema ; étudiant prometteur, il a préféré l’anonymat d’un poste de secrétaire de bureau à la brillante carrière à laquelle il aurait pu prétendre…

Alors que l’enquête avance, le roman prend une autre ampleur, la chronique générationnelle se doublant d’une intrigue politique. Charlotte aurait-elle pu être assassinée en raison de ce dossier de privatisation du patrimoine culturel sur lequel elle travaillait ?

Que penser de ce premier roman de Titiou Lecoq ?

Les premières pages m’ont fait un peu peur, la narration y est confuse et je me suis demandée si j’étais tombée sur de la chick lit. La couverture peut d’ailleurs aussi le faire craindre. Mais passé ce premier abord, Les Morues est un livre que j’ai vite trouvé dense et entraînant, dont j’ai été pressée de découvrir la suite.

L’ouvrage présente à mes yeux quelques faiblesses. En particulier, le langage se veut moderne mais je n’ai pas trouvé cela toujours très réussi. J’aurais apprécié que le livre soit plus « écrit ». L’intrigue politico-policière m’a aussi paru quelque peu simpliste, certains discours et opinions des uns et des autres sur les sujets publics et sociétaux étant peu creusés. J’ai d’ailleurs craint durant ma lecture que la chute en soit peu crédible, mais il n’en n’a rien été, chapeau à l’auteure, la conclusion de cette histoire tient la route (même si en conséquence on peut penser que certains des développements précédents étaient superflus…).

Ce que j’ai envie d’en retenir c’est surtout que ce roman est pertinent quant à la description de ces trentenaires urbains et de leurs contradictions, des jeunes gens qui peinent à se trouver, souvent plus à l’aise dans leurs communications virtuelles que dans leurs relations sociales réelles. Certains protagonistes sont particulièrement attachants, j’ai notamment beaucoup aimé le personnage de Fred, sa sensibilité et son mal-être. Enfin le ton est vif et, petite trouvaille sympathique, à la fin de chaque chapitre figure une playlist musicale pour l’ambiance.

Les Morues est un livre ancré dans son temps, l’ère d’internet, des blogs et des réseaux sociaux. Quant à Titiou Lecoq, c’est indéniablement une auteure à suivre.

Les Morues, Titiou Lecoq, éditions Au diable Vauvert, août 2011, 472 pages